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Chin na na poun

Au départ, il y eut pour Patrick Vaillant (mandoline) Daniel Malavergne (tuba) et Manu Théron (voix), un engouement pour les cançons tout à fait singulières de Victor Gélu, poète majeur de la culture populaire marseillaise. Le trio adopta pour cette remise en bouche d’un esprit frondeur, entre mélodrame et farce, le nom de Chin na na poun, en référence à la passion du chansonnier pour les fanfares, les flonflons et les musiques de cabaret. Plus tard, leur répertoire s’enrichit de compositions ou d’emprunts à diverses musiques populaires, sicilienne, napoiltaine, sévillane ou même française !

Pour donner une pertinence à cette diversité, chaque membre du trio distille ses ingrédients, l’unité se faisant dans le goût partagé pour la mélodie populaire. Ainsi, Manu Théron, figure de proue du Còr de la Plana, apporte sa connaissance du chant d’essence patrimoniale. Patrick Vaillant, leader de Melonius Quartet, en réfère à une érudition musicale à cheval sur le savant et le traditionnel. Daniel Malavergne, membre de Auprès de ma blonde, fait appel à son expérience de la fanfare, de l’harmonie et des arts de la rue. Et ce faisant, dans un espace de jeu fait de partis pris minimalistes, d’épures, de détournements, entre simplicité et échafaudage harmoniques, ils se livrent à un jubilant troc de codes esthétiques. La fidélité à l’esprit de chaque thème (sombre, grotesque, romantique ou frondeur) servant de filigrane à ce parcours amoureux.
Extrait: Franck Tenaille «Les jubilations mélodiques de Chin Na Na Poun»

Chin Na Na Poun 2003

Manu Théron, Patrick Vaillant et Daniel Malavergne se sont penchés sur le répertoire de Victor Gélu, poète et chansonnier mythique du xixe siècle marseillais. Ses textes crus et parfois violents nous viennent d’un monde que l’industrialisation subite a plongé dans l’incertitude. C’est une société fantasque, turbulente, baroque et bavarde que Gélu dépeint en usant de caricatures qui renvoient autant à la farce napolitaine qu’au mélodrame.
Pour évoluer dans cet univers, les musiciens puisent avec entrain dans les musiques populaires du XIXe siècle ou d’aujourd’hui. Tuba, mandoline et voix s’interpellent ou se haranguent sans ménagement au fil des chansons, glissant parfois sur des références musicales imprévues comme on déambule dans une rue animée.
Ne visant ni la reconstitution historique ni la pseudo-modernisation, ils tentent surtout de rejoindre la dimension humaine, à la fois grotesque et émouvante, d’un poète du peuple, qui s’extasie au chin-na- na poun, chin-na- na poun d’une musique de cabaret.

Au cabanon 2009

Leur travail ayant rencontré un joli écho public et donné beaucoup de plaisir aux trois compères, Daniel Malavergne, Patrick Vaillant et Manu Théron ont décidé de poursuivre et d’élargir le spectre de leurs références avec toujours, comme maître de cérémonie, le truculent Victor Gelu. Mais pour aller plus loin, « Chin-na- na-Poun » est devenu le terme générique d’une musique populaire à la fois drôlatique et ennivrante, que seuls un tuba, une mandoline et un chanteur peuvent légitimement interpréter. L’occasion, par extension, de rendre justice à diverses formes de chi-na- na-poun qui s’étaient employé à redonner toute sa place à l’essence de la mélodie, et à panthéon musical policé et bougrement romantique. Dans cette optique, les alliés n’ont pas manqué, du Napolitain Renato Carosone… à Gabriel Fauré, qui n’hésitait pas à chin-na- na-pouniser le dimanche.
Au menu de ce nouveau rendez-vous, nombre de pépites sonores ou de «douceurs françaises à savourer», empruntées indistinctement à Roberto Murolo, Bourvil , Rosa Balistreri, Antonio Machin, Imperio Argentina ou Vian.